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Hier 12 avril 2013 à Drouot, en salle d'exposition, 12h30, un monsieur au triomphe rassuré clame "La justice a été rendue, la vente aura lieu normalement à 14h30".

Pour la première fois une large collection de masques des amérindiens HOPIS (Arizona), les Kachina (ou Katsinam = esprits), est dispersée. 70 pièces d'une même collection privée française sont donc ici exposées en attendant la vente. Un ensemble exceptionnel, a fortiori en Europe, que la presse n'a pas omis de le signaler (à noter un joli portfolio dans le connaissance des arts d'avril par exemple). Les réseaux sociaux aidant, voici les principaux intéressés, les Hopis eux mêmes, au courant. Pour eux ces oeuvres sont des esprits, des objets de culte, pour lesquels, dans leur culture, la propriété privée n'existe pas, non des oeuvres d'art. Ils demandent de différer la vente. refus. L'ONG survival international va appuyer leur démarche en justice et demander un référé. Quelques heures avant la vente, on ne savait donc pas si elle aurait lieu.

L'exposition préliminaire des oeuvres se tient, elle, normalement. La salle bruisse de commentaires et cliquetis d'appareils photo. Le sentiment des habitués des salles de vente va à l'autorisation de la vente pour éviter tout risque de jurisprudence affectant tout un marché de l'art ethnique. On y entendait aussi qu'une telle vente était une reconnaissance de leur art, et par là même de l'importance de leur culture, pas de quoi se plaindre. L'annonce de la décision de justice qui ne juge pas qu'un objet de culte le rende incessible, soulage et conforte ce petit monde. Les questions restent néanmoins ouvertes, notamment quant-à l'origine des oeuvres qui selon les Hopis n'auraient pas du quitter leur communauté. l'intérrogation quant au respect d'une culture qui devrait passionner les acheteurs et le fait même de considérer la qualité artistique, voire décorative, d'une oeuvre qui n'est pas considérable comme telle dans la culture d'origine.

Je ne soutiens aucune position, les questions sont complexes et méritent d'être réfléchies. Je suis malgré tout aussi de ces amateurs de masques qui étaient ravis et émerveillés devant tant de belles pièces. C'est plutôt ça que j'aimerais partager, en souhaitant que bien d'autres masques vivent encore dans leurs communautés, un masque n'ayant véritablement d'intérêt que porté, dansé, dans l'état et le lieu pour lequel il a été créé.

Les masques exposés datent du dernier tiers du 19è siècle jusqu'au années 2000. Dans la culture Hopi, les Kachinas se réfugient dans les montagnes et reviennent au printemps pour faire les rituels qui assureront pluie, récoltes et fécondité. Les danses masquées ont lieu du solstice d'hiver jusqu'à juillet.

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Pour exemple voici des extraits du texte de présentation sur le site de Drouot :

"le masque CROW MOTHER « la mère corbeau » (Angwusnasomtaqa en hopi) tient une place de choix (...) rites de Powamu, début février, unique apparition de la mère de tous les Katsinam dans le village. 

 

 

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Le masque terrifiant TSA’KWAYNA ou CHAKWAINA (« Celui-qui-Crie »), datant de 1870/1880, représente l’ancêtre du clan ASA, le noir « Esteban le Maure » arrivé en 1539, juste avant que ne commence la conquête du Nouveau Mexique par le Conquistador Francisco Vasquez de Coronado. On peut l’admirer lors des danses de Kiva en janvier et lors des danses en ligne sur la place du village.



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La redoutable KOKOPÖLÖ MANA (à droite su la photo), « la jeune fille Mouche qui tue » simule une copulation avec sa victime qui la rend impuissante durant une année.

(à sa gauche TSUKU )

 

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Le clown sacré KOOYEMSI « tête de boue » est le médiateur suprême entre le bien et le mal : à la fois bouffon insolent aux facéties scatologiques, mais toujours surprenant, il amuse tout le monde.  (ici deux KOOKOYEMSIM (pluriel) )

 

 

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Le Kachina gaucher est nommé ainsi parce qu’il tient son arc de la main droite et ses flèches de la main gauche. (Il est au tiers droit de la photo, à ses côtés, à gauche TASAVU, au visage blanc, est un clown qui moque les touristes)

 

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HEMISKATSINMANA (en bas de la photo), avec son demi-masque ocre jaune, porte la coiffure des jeunes filles non mariées, en « fleurs de courge ».

(au dessus, coupé en haut, HEMISKATSINA, "kachina du maïs arrivé à maturité" ; à l'estrème bas gauche, un KOWAKO, ou kachina-poulet)

 

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Le  masque Heaume WUYAK-KU-ITA (à droite) participe à la Fête du Haricot  (POWAMU) en compagnie des ogres et terrorise les clowns. (à gauche, PAYUK'ALA "kachina aux trois cornes")

 

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Le masque KOKOSORI (en bas à droite ci contre), en feutre noir, représente le Petit-Kachina-du-Feu, l’exacte réplique du SHULAWITZI, le Petit-Dieu-du-Feu -Zuni. 

à sa gauche un masque HILILI. C’est le cri « Hilili-i-i-i » qui a les a rendu célèbres et qui a donné leur a donné son nom. Le masque (...)présente au revers deux symboles de nuages déversant la pluie.

( en haut, SI'OHEMISKATSINA. "kachna du maïs arrivé à maturité", danse en juillet  pour Niman (home dance))

 

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Le masque SITULILÜ (à droite sur la photo ci-contre), le kachina « Zuni du serpent à sonnettes » est couronné de plumes de dindons.

( à ses côtés un masque Zuni (un peuple proche de Hopis) KÄNA-KWE MOSONA, masque rare peint notamment d'un arc en ciel, une libellule et trois têtards)

 

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Le masque Kachina « Courge » PAATANGKATSINA (ci contre au premier plan à gauche), le grand coureur de la 1ère Mesa, est évidé dans une courge à fond vert et lignes noires.

 

 



Quelques heures après ma visite, les enchères ont eu lieu. Pour information, le" coup de pub" a semblé fonctionner et la vente a rapporté plus de 900 000€, dont 198 000 pour l' Angwusnasomtaqa, la mère-corbeau, initialement estimée 40 à 50 000€. De mon côté je me suis enrichie de la découverte de ces masques, et pense étudier cette culture d'un peu plus près.