MuseuOriente-497x390Juste arrivée à Lisbonne, ma première destination a été le musée d'Orient. Ce bâtiment, d'anciens entrepôts frigorifiques présents sur les docks et transformés en musée en 2008, abrite un auditorium, les collections asiatiques des anciennes colonies portugaises, et la collection Kwok On, la plus grande en Europe consacrée aux arts du spectacle d'Asie (celle là même qui avait, jusqu'à il y a 20 ans, son musée à Paris). Elle recèle, bien entendu, nombre de masques.
Seulement, en contrepartie de cette profusion d'objets exceptionnels, tous ne peuvent être mis en valeur dans l'espace, somme toute limité, du musée. Celui-ci a donc pris la décision d'exposer cette collection par expositions temporaires thématiques, changeant (probablement) tous les deux ans.
 Actuellement, et depuis juin 2013, l'étage de la collection Kwok On est consacré au théâtres d'ombres de l'Asie. Une très belle exposition, très riche en marionnettes d'une Asie allant de la Turquie à L'extrème Orient, globalement bien mises en valeur, à conseiller si, comme moi, vous appréciez les marionnettes. Mais aucun masque. L'exposition consacrée  spécifiquement aux masques «  masques d'Asie  » a été l'exposition inaugurale du musée en 2008 et a tourné dans différentes villes (Leiria – au Portugal – Madrid et Pékin) en 2010 et seul le catalogue (en chinois!) est encore disponible.

Heureusement, dans la section consacrée à la présence portugaise en Asie, est exposée une jolie collections de masques du Timor Oriental, culture dont on ne parle pas souvent par chez nous. Je partage donc avec vous cette découverte.

Masque timor oriental_ Musée d'orient _ Lisbonne


Voici la traduction que j'ai faite du panneau de présentation de ces masques  :
Les masques rituels timorais sont généralement utilisés lors de grandes célébrations collectives à caractère sacré, militaire ou funéraire. Les exécutants des cérémonies sacrées,  portant des masques qui couvrent toute la tête, font revivre l'ancêtre de la lignée ou d'autres figures de la mythologie timoraise, à l'occasion de performances comme le ai knanoik, récit généalogique des grands faits des ancêtres, ou lors de danses qui miment les actes mémorables des anciens. L'ancêtre est toujours masculin, et ses actes sont guerriers, que ce soit contre les autres royaumes, ou contre des forces de l'autre monde. Le rôle principal y est presque toujours dato lulik, le gardien de la maison sacrée, qui rappelle aux siens les actes de leurs ancêtres et sa propre condition sacrée de lulik. Les masques, en eux même, ne sont pas sacrés, ils ne sont que des instruments auxiliaires, mais peuvent, en certaines occasions, être considérés comme tels, comme par exemple dans le cas où ils auraient été utilisés par un ancêtre respecté. Une autre fonction des masques, plus commune dans le passé, était lors de rituels de préparation aux combats. (La guerre entre les royaumes rivaux était, autrefois, très commune au Timor.)

Balibo bois de rose v1900Dilite bois de rose v 1940Fato-Gede bois de rose v1930
L'usage des masques n'est pas généralisé au Timor, et il est plus courant dans la région de Lospalos, chez les groupes ethnolinguistiques fataluku, et dans l'enclave de Oecussi, dans le groupe ethnolinguistique atoni.

oecussi bois de rose v1930
Les masques utilisés par les matan dook ont tendance à être simples et peu travaillés, fabriqués en bois de rose, plus rarement en bambou...

museo de oriente-Oecussi Bambou v1930-VdM

 

ou en bois de sesbania...

museo de oriente-Maliana bois de Sesbaniav1930-VdM

 

et de matériaux plus légers, comme le cuir de buffle, pour en permettre une utilisation prolongée...

Museo de Oriente-oecussi cuir de buffle v1940-2-VdMMuseo de oriente-oecussi cuir de buffle v1940-VdM


Les masques cérémoniels fataluku se distinguent par leur richesse décorative. Lospalos bois de rose v 1920Les personnages mythiques qu'ils représentent apparaissent avec des traits le plus souvent exagérés, presque caricaturaux, notamment le front, le nez, et la bouche qui peuvent paraître difformes, donnant parfois un air effrayant ou moqueur. Le masque fataluku est complété par une série d'éléments qui impriment un plus grand réalisme, comme l'inclusion de dents animales dans la bouche, de crins de cheval dans de petits trous suggérant les sourcils, des moustaches ou barbes et également de la fourrure de cheval ou de vache fixée au masque pour suggérer barbe ou cheveux.

On peut remarquer la diversité des formes et finitions (attention, les rendus de couleur des masques ici présentés sont d'avantage dûs à l'adaptation de l'appareil photo à la lumière du musée qu'à leur couleur propre), mais également la diversité des dimensions de ces visages sculptés (voir la première image de groupe, les plus grands, dont celui ci-contre ont une taille supérieure à la tête, d'autres sont donc plus petits que le visage). Je remarque et me questionne aussi sur la présence de cou, en tous cas l'importance de la partie qui porte le visage sculpté: quelle en est la fonction? Comment le masque s'articule-t-il avec le corps et le reste du costume?


A l'entrée de l'exposition un autre masque de la région, mais en métal, est présent. On apprend que c'est un insigne de pouvoir, représentant un ancêtre mythique, et ayant la capacité de transformer le chef qui le possède en cet ancêtre.

Museo de oriente-masque timor métal-VdM



De belles sculptures de cette région sont également à admirer.

Suite des découvertes lisboètes par là...