394407A notre arrivée au musée national d'éthnologie, vers 15h30, on nous annonce qu'une visite guidée dans la réserve amazonienne vient de commencer, que celle ci n'est ouverte que pour cette visite quotidienne mais que l'on n'est pas obligés de suivre la guide. Nous y allons donc. couloirs longs, portes dérobées, escaliers... tout le contraire d'un parcours de musée pour arriver dans la salle ainsi gardée.

 

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Cette réserve, succession de grandes vitrines, est très riche en nombre d'objets, certains étant même placés sur des étagères trop hautes pour que l'on puisse les voir. Ils forment des familles parfois importantes d'objets similaires ou approchants plus éclairantes à mon sens qu'un seul ou deux présentés isolément.

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Surtout, environ le tiers des vitrines est consacrées à des masques. J'ai un peu l'impression d'être tombée dans une caverne magique, d'autant plus que je ne connais que peu de choses sur ces cultures. Malheureusement les photo sont interdites dans cette partie du musée ; je ne peux donc que vous faire partager des images glanées deci-delà.

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Les plus impressionnants, les seuls hors vitrine (au fond ci-contre et ci dessous) du fait de leur dimensions importantes (et les plus connus aussi, dont une version est présentée dans les collections du musée du quai Branly à Paris, j'y reviendrai), sont les Atujuwá des autochtones Wauja du haut Xingu au Brésil.

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Ces trois masquereservass Apapaatai Atujuwá ci-contre pris en photo lors du rituel auquel ils ont servi (Apapaatai Iyãu), font dorénavant partie des collections du musée ethnographique de Lisbonne (les reconnaissez-vous sur la photo du dessous, prises dans les réserves du musée?).

 

 

 

 

 


Beaucoup d'autres masques de ces mêmes Wauja (ou Waura) sont présents dont par exemple des yuma et, en plus grand nombre, des Sapukuyawa. J'ai noté également : Ewejo. Ariranha pai. Eyus ou Eiusi femea. Tukuje (sorte de pigeon femelle)...

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masque en deux parties de bois creusé  peint et fibres, incarnant un poisson pirarara = Poisson-chat à queue rouge

 

 

 

 


ApDANZA WAURA EN EL AMAZONAS BRASILEROapaatai Sapukuyawá

masques de tressage de fibres végétales, bâton de bois et cordelettes de coton. Présentés à plat, et suspendus, ils ressemblent d'avantage à des « tapisseries » peintes, mais ils prennent leur dimension une fois portés. Leur symbolique est très variée. On peut considérer qu'ils ont une forme générique pouvant, selon les graphismes, incarner toute sorte d'apapaatai.

 

 


Ces masques des Wauja servent lors de rituels « de guérison ». Une personne gravement malade est dite capturée par les apapaatai, êtres incarnant le principe de l'altérité la plus grande. Dans ses rêves le malade va alors, notamment, se nourrir comme un animal. Interprétée par un chamane, la nature des animaux-apapaatai responsables de la maladie est révélée à la personne. Le malade (ou ancien malade) est alors dit maître des apapaatai. Ceux ci s'incarneront dans des objets  utilitaires, instruments de musique ou masques. Il acquière alors le droit de fabriquer (ou faire fabriquer) ces objets rituels. Il sera tenu de les alimenter pendant une période plus ou moins longue selon la nature de l'apapaatai.
Il peut alors organiser de petits rituels pour ces apapaatai, les insérer dans un rituel organisé par une autre personne ou faire une grande fête des masques Apapaatai Iyãu pouvant réunir jusqu'à 50 masques.
La plupart des masques présents dans les collections du musée national ethnologique du Portugal ont été acquis suite à un  Apapaatai Iyãu  par l'intermédiaire de l'ethnologue Aristotels Barcelos Neto dans des conditions décrites dans ce document paru dans la revue Gradhiva (au passage, l'acquisition des masques du quai Branly est également abordée) Aristoteles_Barcelos_Neto-Gradhiva-le commerce des cultures-2006

ici deux reportages de ce même ethnologue sur les masques Wauja, et plus particulièrement ceux acquis par le musée du quai Branly. L'occasion de voir comment dansent ces masques.

APAPAATAI (English Subtitles) from LISA - Antropologia on Vimeo.

WAUJA, A DANÇA DAS MÁSCARAS AMAZÔNICAS from LISA - Antropologia on Vimeo.

Pour aller plus loin dans la compréhension des symboles véhiculés par ces masques et leur formes, ce document du même auteur (en portugais) est très précis.

 


Les masques qui ne sont pas issus de culture Wauja sont de ces types et origines (mais pas ceux présentés ici car pas de photo disponible!):

des tamoko de Amapa Para 

mahinako de kamayura et yawalapiti ;

kayapo – kukoire (macaco prego) ; 

tikuna ;



tucano (Cobeu- Kubeo)


Tapirape Upe

Chacun de ces masques mériterait un article. Ce n'est pas l'objet de celui-ci, mais j'aimerais y revenir.

Suite de la visite du Musée Ethnologique de Lisbonne par ici