FIMI-VdM-P5101145Invités d'honneur "hors péninsule" au Festival International des Masques Ibériques, les Mamuthones et Issohadores de Mamoïada (Sardaigne) ont impressionné le public.

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Lors de ce festival, les personnages sont restés un moment sans le masque, quoique vêtus de leur très lourd et chaud costume (mamuthones). Ce qui frappe alors, c'est le volume et le nombre des cloches qui recouvrent le dos des courageux porteurs.

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FIMI-VdM-P5101135Une fois le défilé prêt à partir, les Issohadores commencèrent à attraper quelques jeunes femmes du public avec leur lasso, avec une très grande adresse. Puis, encadrant les Mamuthones, ils leur donnent le rythme pour une « danse » parfaitement synchrone agitant les nombreuses cloches du costume, en un accompagnement sonore, quasi musical. Difficile de ne pas s'arrêter et regarder ce groupe noir rouge et blanc développer une lourde énergie, d'une grande solennité.

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Les masques noirs des mamuthones sont beaux, traduisent une grande force, apaisée d'une expression généralement un peu triste ou soumise. Ce ne doit pas être fortuit, ces « bêtes » étant asservies aux Issohadores armés de lassos. Le masque de ces derniers est blanc, de modelé assez neutre, d'aspect brillant. Ils semblent jouer une version spécifique de figure d'hiver courantes dans toute l'Europe, empruntant aux hommes sauvages, aux dresseurs d'animaux (montreur d'ours), au couple antinomique des « beaux » et des « laids ».

 

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Dans leur contexte, La tradition semble avoir existé depuis 3500ans dit-on, comme un rite protecteur dédié, selon les études, aux animaux, contre les forces du mal, pour favoriser les cultures, pour le culte de l'eau, ou comme un rite dionysiaque, marquant le passage de la saison morte à la résurrection du printemps.

Ils apparaissent comme masques d'hiver, le 17 janvier pour la St Antoine.

Un groupe est constitué traditionnellement de 12 Mamuthones et 8 Issohadores. Ce chiffre de 12 pourrait être en lien avec les 12 mois ou 12 lunes de l'année.

 

 

 

  • FIMI-VdM-P5101147Les premiers sont vêtu d'un habit traditionnel en velours sombre recouvert d'une longue casaque de peau de mouton brun serrée et retenue par des lanières de cuir attachant un nombre impressionnant de cloches. Celles-ci étaient autrefois enlevées au bétail pour la fête, aujourd'hui elles appartiennent en propre au costume. Les plus grandes ont un battant en os, les plus petites en métal. Des chausses artisanales complètent le costume, une casquette recouverte d'un foulard sombre cache la tête et font le lien avec le masque. Le costume entier pèse entre 22 et 25kg. Le masque est traditionnellement en bois noir. Les hommes (pas de femme dans cette tradition) qui décident de faire Mamuthones doivent non seulement être concernés et investis dans cette tradition, mais aussi avoir la force physique de supporter le costume. Les Mamuthones sont toujours muets, contrairement aux Issohadores qui peuvent s'adresser au public.

 

  •  Les Issohadores apparaissent comme FIMI-VdM-P5101149les gardiens des Mamuthones. Ils sont vêtus d'une veste rouge « a la turque », un foulard coloré à la taille. Le béret sarde est retenu sur leur tête par un foulard de femme noué sur le crâne. Le masque blanc a pu être en bois, en papier, en tissu, joliment modelé comme très sommaire. Il se doit d'être d'expression sereine. Ce visage blanc n'est même pas obligatoire, et avait même quasiment disparu dans les années 50/60 (voir la vidéo en fin d'article). Ils portent un lasso de jonc très léger (à l'origine en cuir) appelé soha (qui a donné le nom aux personnages).

FIMI-VdM-P5101159Le lasso sert à attraper des personnes (souvent des femmes) du public, avec beaucoup de respect. On raconte qu'autrefois la personne attrapée par le lasso devait offrir à boire. L'objet est aussi le symbole du « domptage » qu'ils exercent sur les Mamuthones. Leur lente chorégraphie, toujours constituée de deux rangs de Mamuthones entourés des Issohadores en charge de leur donner la cadence. Ils passent ainsi dans les rues du village. La « cérémonie » dure de l'après midi au début de soirée. Sa célébrité attire des touristes en masse de nos jours, et le groupe va s'exhiber dans différentes manifestation (comme celle-ci où je les ai vus) mais il est dit que lors de leur vraie sortie à Mamoïada chaque année l'implication de chacun n'a rien perdu de sa force originelle.

Les groupes sont constitués en « associations » qui forment les hommes (acceptés dès la puberté si leur force ou leur adresse le permettent, et sans limite d'âge) à porter les costumes, à s’entraîner au lasso ou à la chorégraphie. Souvent chacun fabrique son costume et masque, bien que des artisans existent. Les masques et costumes sont alors conservés dans les locaux du groupe.

 

Voici une vidéo pour les apprécier dans leur contexte:

 

Et, ci-dessous, un document des années 60 qui montre l'évolution de cette tradition: les Issohadores ne sont pas masqués, et les mamuthones n'ont presque pas de fourrure sur le dos et leur cloches apparaissent comme plus petites que les actuelles.

 

 Pour aller plus loin, vous pouvez consulter ce document en français

D'autre liens dans mon précédent message consacré à cette tradition