Dogon_affiche"Pays Dogon", ce terme signifie pour beaucoup un lieu d'Afrique (Mali aujourd'hui) étrangement protégé dans sa culture première, riche d'une connaissance, d'une cosmogonie, d'une spiritualité hors du commun. Ce pays qui n'en a jamais vraiment été un sur les cartes a gagné ses lettres de noblesse par un nombre d'études important et par les auteurs célèbres qui l'ont mise en avant (Marcel Griaule, Michel Leris, Jean Rouch entre autres).
Dans les faits rien ne dit que cette culture africaine soit plus riche ni plus admirable qu'une autre, mais elle produit nombre d'artefacts durables qui en leur temps surprirent les explorateurs qui en ramenèrent beaucoup la popularisant auprès de leurs contemporains et elle a longtemps été quasiment la seule à être si respectueusement étudiée par nos concitoyens français.


Pour en revenir à l'exposition "Dogon"* du musée du quai Branly, contrairement au singulier un brin restrictif du titre, elle a l'élégance de mettre en avant la complexité, la variété et l'impermanence des Dogons et de leur art: complexité et variété en décrivant les différences propres à chaque région du "pays", tant historiques que stylistiques, impermanence par conséquent expliquant les successifs peuplements et appropriations culturelles, mais aussi par un court film qui montre que les plus anciennes statues avait une teneur et une fonction bien différente des plus récentes, qui elles ont été documentées par les ethnologues, et autres observateurs. Ces peuples évoluent, leur croyances et rites également, comme tout peuple, et continue, qu'on le déplore ou non, son évolution, par des actions de plus en plus orientées vers l'animation touristique loin des anciens rites étudiés par nos hommes de science (si j'en crois quelques témoignages que j'ai eu de la région où je ne suis, pour ma part, jamais allée). Mais revenons au sujet...


L'exposition compte trois parties: les sculptures, région par région, dans la grande salle ouverte sous la rampe, lesDogon_porteur_de_masque_VdM masques dans la seconde salle, puis les objets quotidiens dans une galerie "de curiosité" en fin de parcours.


Vu le propos de ce blog, je passerai très vite sur la première salle aux sculptures remarquables classées par région, style, peuples, marquant la diversité de la production et ne vous ferai partager que celle ci-contre:

- porteur de masque - Bombou-Toro - XVIII-XIXè siècle -collection particulière.


Dogon_visages_forg_s_VdMDu côté de la galerie, la scénographie évoque les salons bourgeois et les commodes Louis XV où se retrouvèrent sûrement nombre d'objets africains au début du XXè siècle, mais ce décor n'est guère propice à plonger dans une culture si lointaine et m'a rendu ces objets moins parlants je pense. Dans la partie consacrée aux forgerons, la confrérie la plus crainte et respectée, je mettrai en avant ces jolies oeuvres de métal en forme de visage et non de masque.


Entre les deux, une salle met agréablement en valeur les masques, tenus en hauteur et donc sans l'écran de la vitrine, nous laissant en face à face avec la matière et les formes souvent très parlantes. La possibilité de les voir de tous côtés rajoute à l'appropriation qu'on peut se faire des uns ou des autres.

En cette salle, plus de culture Djennenké, N'Duleri, Komakan ou Tellem... ce sont des masques Dogon, au singulier, point. A lire les cartels un peu succincts, beaucoup sont issus de collections privées françaises ou étasuniennes sans autres mentions, l'autre partie provenant du fond du musée et en grande majorité ont été rassemblés dans les années 30 par Marcel Griaule lors de la mission Dakar-Djibouti (1931-1933) et des suivantes. Cette mission a fourni des pièces au Musée de l'homme, ramené des choses (et surement des danseurs aussi!)à l'exposition coloniale de 1931. On peut supposer que quasiment tout provient de la falaise de Bandiagara, essentiellement dans la région de Sanga, Ireci, Ogol... en territoire Bombou-Toro et Niogom si je suis les indications de la carte fournie dans l'exposition. Seules les oeuvres du musée sont localisées.


La manière dont sortent/dansent ces masques est en partie montrée dans le film (des extraits) de Jean Rouch "le Dama d'Ambara" (1974). A l'entrée des morceaux de la falaise de Songo/Songho (plus au centre du pays Dogon) recouverte de peintures rituelles représentant, symboliquement, les masques pour les initiés.

Dogon_falaise_et_kanaga_VdM Dogon_h_VdM
Falaise_de_Bandiagara

(la falaise de Songho en 1931)

(cliquez sur les images pour lire les agrandir)

Je ne peux donner que peu de commentaires sur ces oeuvres très diverses et impressionnantes, l'exposition n'en fournissant elle même que très peu. Je me contente donc de photos, et, petite recherche à l'appui, d'images de la mission Dakar-Djibouti 1931-1933 montrant un certain nombre de ces masques portés, comme il convient, avant d'être ramenés dans nos musées.
Dogon_Kanaga_VdM jdogon_1931001

jdogon_1931013Dogon_cervid__VdM 

Dogon_Ca_man_et_vache_VdM Dogon_hy_ne_VdM

 Dogon_Jeune_fille_aux_cauris_profil_VdM Dogon_Jeune_fille_aux_cauris_VdM

jdogon_1931015

Dogon_goitre_VdM Dogon_orphelin_VdM

jdogon_1931009 Dogon_satimbe_VdM

Dogon_oiseau_anko_VdM Dogon_soo_VdM  Dogon_singe_noir_VdM

Et le plus impressionnant je pense: le singe blanc, aujourd'hui comme en 1931.

Dogon_singe_blanc_VdM Masques_Dogon

jdogon_1931005

(ci-dessus: masque de chasseur, le singe blanc, et deux antilopes)

En complément vous pouvez:

- lire DIEU  D’EAU, entretiens avec Ogotemmêli par Marcel  GRIAULE (1898-1956) disponible sur ce site
- vous donner envie de voir "le Dama d'Ambara" de Jean ROUCH en regardant ce court extrait
- chercher en bibliothèque volume 1 de la réédition aux editions skira de la revue Minautaure n°1 et n°2 avec notamment des textes sur les Dogons de Michel Leris et Marcel Griaule.

Et revenir sous peu sur ces pages pour lire quelques extraits d'un des articles consacré à la fabrication rituelle des masques chez les Dogons.
EDIT: voici qui est publié ici: teinture des masques dogons

Pour le reste je vous laisse faire votre propre bibliographie, la liste serait trop longue...

* L'exposition Dogon se tient au musée du Quai Branly à Paris jusqu'au 24 juillet 2011